Ousmane Sow, ou le sculpteur intellectuel

Il est venu à la sculpture, comme l’eau coule de source. Parti de son Sénégal natal, il conquiert le monde avec ses expositions et n’en finit pas de recevoir des commandes. Ousmane Sow, parrain de la 11ème édition du Salon International de l’Artisanat de Ouagadougou, est l’un des artisans les plus célèbres au monde ; une célébrité qui dure tellement que s’en devient presque une évidence.
C’est à l’école primaire, dans les cours de travaux manuels que le jeune Ousmane Sow, apprendra à se servir de ses mains et de ses dix doigts. Il se montrera très doué pour la sculpture, mais pas seulement. De ses doigts, il apprendra à soigner des malades également. En effet en 1957, Ousmane Sow quitte le Senegal pour la France, alors qu’il a 22 ans. Là, il faira des études de kinésithérapie. En 1965, il retournera à Dakar et mettra en place le service de kiné de l’hôpital Le Dantec. Pendant 30 ans, ses doigts de magiciens lui serviront, et à prendre soins de ses malades, et à sculpter des œuvres d’arts, impressionnants de qualité et faisant l’unanimité dans le monde entier. Mais, les commandes et les demandes d’exposition se faisant de plus en plus nombreuses, Ousmane Saw, dut abandonner complètement la blouse blanche du médecin, pour ne se contenter que de la blouse bleue de l’artisan.
Sa première exposition eut lieu en 1998, dans les stations services de Dakar, suivront rapidement beaucoup d’autres, à Paris, à Londres, un peu partout en Europe, puis aux Etats-Unis d’Amérique et même en Asie. Et l’artiste n’attend pas s’arrêter là. D’ici la fin de ce mois de novembre, il procèdera à l’installation de la statue du Général De Gaulles qu’il a réalisée, à Versailles en France. Un chef d’oeuvre qui trouve un très bon écho dans toute la presse européenne.

En décembre, c’est la statue du monument vivant, Nelson Mandela, qu’il installera également à Paris. Ousmane Sow est un Homme dont la réputation dépasse toutes les frontières. Mais cela ne lui fait pas avoir la grosse tête. Il travaille toujours dans son atelier à Dakar, où, dit-il, il trouve sa source d’inspiration. A 73 ans, Ousmane Sow sursaute quand on lui parle de prendre sa retraite ; cette idée ne l’effleure pas le moins du monde car il a encore beaucoup de projets à mener à bien.

Divorcé et père d’un garçon et d’une fille, le travail ne l’empêche pas d’avoir une vie de famille ; c’est une question de planification, nous dit-il. La famille est très importante pour ce monsieur issu d’une grande famille de 10 enfants. Son père entrepreneur dans le secteur du transport routier et sa maman femme au foyer n’auraient sûrement pas pu imaginer que leur enfant marcherait aujourd’hui sur le toit du monde. Il a d’ailleurs un regard assez désabusé sur ce monde dans le quel nous sommes ; un monde qui de son avis, est fait d’égoïsme et de clivages entre d’un coté les riches qui méprisent les pauvres et d’autre part les pauvres qui deviennent de plus en plus pauvres. Il a toutefois bon espoir que la crise financière que connaît le monde aujourd’hui contribue à faire prendre conscience aux uns et aux autres de l’absurdité de la situation.

Un franc parler qui dérange parfois, c’est le principal défaut que l’on peut attribuer à l’homme qui est très critique sur les dirigeants actuels du continent. Au journaliste du journal “Le Monde“, qui lui demandait pourquoi il avait sculpté le Général De Gaulle, les poches plates, il répondait : « De Gaulle ne traînait pas de casseroles. Il n’a rien mis dans ses poches, contrairement à certains chefs d’Etat africains. Ceux-là, si je les sculptais, c’est des besaces pleines que je leur ferais, et des deux côtés ».

Ousmane Sow, en dehors de la sculpture, se passionne également par la musique ; il en écoute beaucoup et joue lui-même du piano. Grand sportif également, il ne manque pas de faire un tour chaque matin dans son gymnase. Environ deux mètres de taille et très large des épaules, il fait immédiatement pensé à un lutteur traditionnel, comme seul le Senegal sait en faire. Sa barbe blanche et abondante nous renvoie par ailleurs à l’image d’un patriarche africain plein de sagesse. C’est ce grand monsieur, parrain du SIAO 2008 qui s’en est d’ailleurs dit très honoré, que nous avons rencontré dans le salon d’honneur de l’aéroport international de Ouagadougou, alors qu’il attendait son avion pour aller vers d’autres cieux montrer ce qu’un africain peut apporter au monde.C’est le regard admiratif, la poitrine bombée de fierté que nous disons bonne continuation Monsieur Sow et vivement que vous suscitiez des vocations.

Hermann Nazé

Lefaso.net


24/09/2010
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